Du côté d'Asakusabashi où un petit fleuve, le Kandagawa, s'étire depuis le Sumida, plus à l'est.
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Du côté d'Asakusabashi où un petit fleuve, le Kandagawa, s'étire depuis le Sumida, plus à l'est.
L'un des grands halls de la gigantesque gare de Shinagawa en pleine après-midi, aujourd'hui.
La première de mes élèves, Oana, une jolie Roumaine trentenaire avec qui je m'entendais particulièrement bien, et qui connaissait ma délicate situation à Tôkyô [ 東京 ],
m'envoya le dimanche 5 juillet dernier un mail quelques heures avant le début de notre cours de français de deux heures : "Pouvons-nous n'avoir ce soir qu'un cours d'une heure
(grammaire) et, puisque mon petit ami souhaite te parler (il pense à commencer sa propre affaire et recherche des partenaires. J'ai pensé que tu pourrais être intéressé !), dîner tous les
trois ensemble à 19h avant le cours à 20h ??". Je lui répondis par l'affirmative. Avec la crise financière et les opportunités professionnelles qui se raréfiaient, ou pour
lesquelles je n'étais pas qualifié, je ne pouvais me permettre de renoncer à toute éventualité de tirer mon épingle du jeu et faire quelque chose de mes dix doigts au Japon [ 日本 ].
En outre, l'idée de monter une société me séduisait...
Nous nous rencontrâmes donc à Takadanobaba [ 高田馬場 ], entre Ikebukuro [ 池袋 ] au nord et Shinjuku [ 新宿 ] au sud, et bavardâmes. Kyôsuke me parut de suite quelqu'un
de très ouvert et chaleureux ; quelque chose de très différent de ce que j'avais pu ressentir la première fois que j'avais rencontré la plupart de celles et ceux qui étaient devenus des
proches, voire amis. La froideur des Japonais, manifestement connue chez les Occidentaux résidant dans l'archipel, n'était pas l'un des traits de caractère du petit ami d'Oana, et cette
dernière semblait ravie de constater que le courant passait bien entre lui et moi. Elle s'amusa en même temps de jouer l'interprète lorsque le faible niveau d'anglais de Kyôsuke et de moi ne
nous permettait pas de nous comprendre parfaitement ; situation cocasse puisqu'elle, elle comprenait en revanche très bien où chacun de nous voulait en venir, mais nous nous exprimions mal.
Nous changions aussi parfois, donc, pour parler aussi en japonais.
L'idée était de monter une société dans l'évènementiel musical, ce qui se
résumait principalement à l'organisation de concerts. Kyôsuke m'expliqua un peu sa vision des choses, et le projet me sembla réellement très alléchant. Nous échangeâmes par
conséquent nos coordonnées pour rester en contact et nous revoir dans un cadre plus propice à la réflexion et à la conversation, afin de mettre les choses à plat. C'est ainsi que
nous nous revîmes le samedi 11 suivant au soir, chez lui à Kinshichô [ 錦糸町 ], de l'autre côté du fleuve Sumida [ 隅田川 ] à l'est. Là, dans son magnifique petit
appartement, les choses prirent une dimension plus concrète et c'est là que nous commençâmes à gribouiller sur des feuilles des notes qui allaient être les fondements qui donneraient
naissance à notre société : liste d'artistes à contacter une fois que la boîte serait créée, nom de notre société, etc. Kyôsuke avait l'idée de base, les fonds pour le capital, et
les connexions. Mon rôle dans l'immédiat consistait surtout à apporter de nouvelles idées (Oana lui avait parlé de mes capacités d'imagination), du sang neuf, et j'eus en outre pour premier
travail de faire notre logo. Aussi, Kyôsuke me demanda de me renseigner pour le visa correspondant, car il était évidemment
prêt à le sponsoriser afin de pouvoir travailler ensemble, mais il devait savoir ce qui était nécessaire et m'invita donc à me rendre auprès de l'immigration à
Shinagawa [ 品川 ].
Ce que je fis aujourd'hui.
Evidemment, vu le titre de cet article, vous vous doutez bien que le résultat de cet entretien avec un conseiller des services d'immigration de Tôkyô ne fut pas concluant. Je m'y rendis dans le
but de savoir s'il m'était possible d'être co-fondateur d'une société avec un Japonais, si je devais investir et auquel cas combien était nécessaire, quel était le visa correspondant, combien de
temps cela prenait pour passer de mon statut actuel à celui correspondant à notre société, etc. Kyôsuke avait déjà lancé le processus de création de notre boîte, mais pour
finaliser les choses, mon nom devait naturellement être inscrit sur les documents relatifs aux statuts sociaux, et je ne pouvais figurer sur ces papiers sans être en règle, ni savoir où je
mettais les pieds.
Pour commencer, on m'annonça que je ne pouvais prétendre être co-fondateur
de notre société sans verser le coquette somme de cinq millions de yens, ce qui équivaut à près de trente-cinq mille euros. En solution de rechange, le conseiller m'avoua qu'éventuellement,
si j'avais trois ans d'expérience dans le domaine concerné par la société que nous souhaitions créer, je pouvais être exempté de l'investissement initial précisé ci-dessus. Je demandai davantage
de détails sur le sujet et le conseiller me répondit avec beaucoup de précision, ce qui semblait à priori témoigner d'une réelle envie d'éclairer ma lanterne. Il demanda à voir mon
Alien Card et je la lui montrai. Il m'annonça alors une nouvelle qui eût pu être bonne : "Si vous souhaitez rester au
Japon pour avoir le temps d'accumuler argent et expérience, vous pouvez déjà demander le renouvellement de votre visa à votre employeur !". Je lui precisai que je n'avais plus
d'employeur et insistai sur le fait que mon visa expirait le 8 septembre prochain ; le temps jouait contre moi ! Le conseiller soupira et je soupirai aussi. A ce moment-là, cela faisait
près d'un quart d'heure que nous nous entretenions, et aucun créneau prometteur ne semblait se profiler à l'horizon. Je finis par dire : "Finalement, si mon ami et moi souhaitons
travailler ensemble, que pouvons-nous faire ?" Il regarda les deux documents relatifs aux visas qu'il avait sortis et posés à plat devant lui au guichet, jeta un œil sur mon Alien Card
et m'expliqua : "Pour tout visa, il est nécessaire d'avoir trois ans d'expérience !". Cela m'interloqua puisque j'avais obtenu mon visa d'enseignant sans avoir ces trois années
d'expérience à mon actif ; je le lui signifiai, et il sembla soudain si surpris et mal à l'aise que je me demandai s'il n'avait pas la nausée. Il ne dit rien, mais son visage semblait
vouloir dire : "Vous n'auriez donc jamais dû obtenir ce visa d'un an !" Néanmoins, il ne se contenta que de me dire : "Je ne peux rien vous dire de plus. Excusez-moi, le
temps passe..." Je récupérai hâtivement ma carte, le remerciai, me courbai brièvement et m'en allai rapidement, prenant mes clics et mes clacs sans demander mon reste.
Oana, au Japon depuis huit ans, a passé les sept premières années en tant
qu'étudiante de japonais avant de, l'an dernier, trouver un poste dans une grande société très réputée à Tôkyô. Elle m'avait demandé de me renseigner pour elle sur le statut de résident
permanent ; y avait-elle droit ? J'allai donc au bureau correspondant puisque j'étais sur place et me renseignai auprès d'un jeune homme apparemment très jovial qui ne démordit de son
sourire à aucun moment. Il m'expliqua que les sept années qu'elle avait passées à étudier ne pouvaient être prises en compte pour être résident permanent et qu'il lui fallait encore
travailler quatre ans pour totaliser les cinq années nécessaires à l'obtention de ce statut.
Je quittai le bâtiment avec le cerveau débordant de mauvaises nouvelles et regardai un instant tous les gens, Japonais et Etrangers, à l'entrée de la tour, bavardant dans toutes les langues
possibles et imaginables. Il faisait gris et chaud, je n'avais pas le moral au plus haut et j'avais une longue route à faire pour rentrer à Ueno [ 上野 ]. Je pris le bus, tournai
quelques vidéos pour tuer le temps en cours de trajet jusqu'à la gare de Shinagawa et tentai de me laisser submerger de pensées positives. En vain.
A l'heure d'internet et alors que tout le monde parle d'internationalisation, on est encore bien loin du compte et il reste encore de gros progrès à faire.
Les Japonais ne font assurément pas exception !
Article publié à 23h51, heure locale de Tôkyô, par Tokyostreams.
Ce ciel sombre n'est qu'illusion dûe aux mauvais réglages de mon appareil-photo numérique.
Kiku et moi nous retrouvâmes par ce chaud matin de juillet sur le quai n°4 de la gare d'Ueno [ 上野 ], celui qu'arpentaient les voyageurs de la ligne Keihin Tôhoku [ 京浜東北
] à destination d'Ôfuna [ 大船 ]. Il était 8h28 lorsqu'elle me rejoignit à mi-hauteur du quai après m'avoir fait un signe de la main accompagné d'un sourire. Néanmoins, je ne
la reconnus pas de suite à cause de sa coiffure qui avait changé : son carré court raide avait en effet laissé place à des cheveux ondulés. Vêtue d'une fine robe aux motifs
floraux très colorés et qui lui allait bien, chaussée de tongs dépareillées, elle portait un sac en bandoulière sur l'épaule gauche et dégageait un air de vacances, ce qui contrastait
avec ma tenue plutôt décontractée, certes, mais pas très estivale : tee-shirt bleu marine EMPORIO ARMANI, jean GAP à moitié déchiré au niveau de la cuisse droite (le petit trou fashion s'était
élargi pour mon plus grand déplaisir) et sneakers PUMA noires à bande verte et jaune. Rien à voir !
Nous avions donc voyagé jusqu'à Shinagawa [ 品川 ] en longeant la ligne Yamanote [ 山の手 ] dans le sens des aiguilles d'une montre, mais voyageant néanmoins sur la Keihin Tôhoku.
Les gens étaient nombreux dans le wagon et à l'ouverture des portes, nous fûmes emportés, Kiku et moi, par le flot incessant de voyageurs qui s'engouffraient dans le train sans se soucier de
savoir si nous pouvions tous tenir à l'intérieur. Debouts à côté des portières opposées au quai, nous nous agrippâmes aux poignées suspendues et voyageâmes ainsi côte-à-côte tout en
échangeant nos dernières nouvelles. Le ciel tantôt couvert, tantôt éclairci créait des ombres alternantes sur les publicités placardées au-dessus des grandes vitres panoramiques, si bien qu'il
semblait impossible de pouvoir les lire correctement sans s'abimer la vue. Avec le bourdonnement du wagon et le balancement latéral lancinant auxquels nous étions soumis, je commençai à sentir
mes paupières lourdes. Je fixai alors Kiku et découvris qu'elle somnolait. Elle sembla toutefois très éveillée lorsque nous descendîmes pour la correspondance.
Le trajet complet fût long : à Shinagawa, nous attendîmes quelques temps avant que n'arrive le train qui nous conduirait par la ligne Tôkaidô [ 東海道線 ] jusqu'à la gare de Totsuka
[ 戸塚 ], afin de prendre la ligne Yokosuka [ 横須賀線 ] jusqu'à Kamakura où je devais de toutes manières descendre et sortir pour acheter un billet. En effet, je
n'avais pu en prendre un jusqu'à Yuigahama [ 由比ヶ浜 ] depuis la gare d'Ueno pour d'obscures raisons (je m'étais renseigné aupres d'un agent de la JR qui avait consulté une espèce de
pavé énorme) et l'on m'avait recommandé de descendre à Kamakura et, à ce moment-là seulement, d'acheter un billet pour la suite du trajet. Cela m'avait quand même coûté 890 yens jusque là.
En chemin, nous passâmes par les gares de Kawasaki [ 川崎 ] et de Yokohama [ 横浜 ], deuxième plus grande ville du Japon [ 日本 ] après Tôkyô [ 東京 ]. Je me souvins
lorsque, plus de deux ans plus tôt, j'avais rencontré dans le quartier de Minato Mirai [ みなとみらい ] de Yokohama un Américain du nom de James qui nous avait accostés, mon ami et moi, et
avec lequel j'étais encore en contact.
A Kamakura, Kiku et moi décidâmes finalement, de nous offrir
le luxe de prendre un taxi qui nous conduirait jusqu'à la plage de Yuigahama. Il était encore tôt, car malgré les deux correspondances à Shinagawa et à Totsuka, nous avions gagné du temps puisque
les trains empruntés n'avaient pas été omnibus. Du coup, pour commencer à nous relaxer, le choix de nous laisser conduire jusqu'à destination nous sembla le plus approprié.
Le véhicule ne put prendre que des petites rues pour recourrir à l'accès le plus direct, presqu'en ligne droite malgré de nombreux carrefours, et je regardai de temps à autres le petit GPS,
voyant l'étendue bleue de la mer et les terres circulaires de la baie de Sagami [ 相模湾 ] dans la partie supérieure de l'écran. De temps à autres, mon regard se posait sur le décor
résidentiel qui se dévoilait à gauche sous mes yeux à travers la vitre du taxi, tandis que Kiku, manifestement fatiguée, semblait encore somnoler, lovée dans la banquette à ma droite. Je lui
posai la question de savoir si elle allait bien, et elle me répondit que oui, ajoutant qu'elle était juste fatiguée à cause du trajet en train qui l'avait rendue léthargique, mais me rassura
néanmoins aussitôt en me lançant un sourire accompagné d'un "On va à la mer, Eric !" qui me sembla des plus enjoués.
Lorsque la mer se profila au loin, le compteur du taxi n'avait pas bougé : 710 yens. La vision caractéristique des littoraux du monde entier, où l'avenue semble aller vers nulle part, où
l'horizon paraît faire corps avec le ciel immaculé, répandit son panorama sur une bonne largeur, et bientôt, la baie tendit ses bras pour les refermer sur nous. Le bout du monde... Le taxi
s'y arrêta après avoir fait un écart sur la gauche, je réglai la note avant de récupérer mes espèces et de saluer le chauffeur, et m'extirpai hors du véhicule tout en sentant sur moi le vent
frais et iodé de ce bord de mer m'envelopper. Kiku me remercia et nous traversâmes la rue qui longeait la plage d'où nous parvenaient cris et bruits de vagues enchanteurs alors que le taxi
repartait vers son prochain client.
Nous descendîmes en faisant face à la mer une petit chemin de bois recouvert de sable à droite duquel se trouvait un commerce d'articles de plage. Kiku m'annonça qu'elle avait besoin d'y faire
des achats avant de bifurquer vers l'entrée de la petite cahute qui se dressait désormais devant nous. Cela tombait bien, car il me fallait aussi en faire. En effet, j'avais grand besoin d'une
serviette de bain et de tongs.
Une femme coiffée d'un chapeau de paille nous accueillit avant de se consacrer à sa cliente et ses enfants qui avaient l'air de vouloir acheter tout le stock. Je découvris devant le petit garçon
amusé par le carton qu'il avait en face de lui de nombreuses paires de tongs à l'intérieur. Je pris une paire bleue et blanche à ma pointure, marquée d'un "Piko" azur sur la bride en Y après
avoir choisi une serviette de bain gigantesque de la marque de sport CHAMPION. Kiku, qui en avait besoin, jeta son dévolu sur la même. Je passai à la caisse et en eus pour 3800 yens avant de
sortir dehors pour regarder la plage qui naissait à mes pieds, et fus rejoint par mon amie. Nous nous dirigeâmes prestement, malgré le sable brun dans lequel nos pieds s'enfonçaient, vers ce
que les Japonais appellent "la Maison de la Mer" [ 海の家 ].
En nous y rendant ensemble, je regardai sur ma droite la mer en contrebas à l'extrémité de la plage en pente douce, et dont les vagues incessantes léchaient le sable humide en laissant une mousse
sur la surface brunâtre et humide. Ici-et-là, de nombreuses personnes bavardaient tout en buvant et en fumant, tandis que d'autres s'appliquaient de la crème sur le corps pour se protéger des
ultra-violets qui, véhiculés par les rayons du soleil perché dans un bleu magnifique, tendaient à brunir la peau plus que de rigueur. Il faisait beau, le temps était superbe et l'Océan Pacifique
se perdait vers le sud pour ne devenir plus qu'une bande d'un bleu resplendissant où l'on aurait plaisir à se noyer...
Nous arrivâmes à la "La Maison de la Mer" qui n'était autre qu'une
grande maison avec une terrasse sur le devant, lattes en bois, le tout délimité par une barrière, et qui offrait de nombreux services : buvette (boissons, snacks et déjeuners), toilettes,
douches, tables et chaises pour se restaurer, location de parasols et de chaises longues pour la plage, appareils de gonflage de bouées, etc. Nous nous y rendîmes donc avec Kiku et louâmes deux
chaises longues. Le tarif ordinaire par personne étant de 1500 yens pour la journée, nous dûmes théoriquement en payer 3000, mais elle avait en sa possession dans son portefeuille une petite
carte qui fit baisser le tarif à 2000 yens. Je n'eus pas la curiosité de demander à Kiku de quoi il s'agissait. J'allongeai la monnaie, on nous passa un bracelet bleu en plastique autour du
poignet (possiblilité de choisir l'endroit ; certains l'avaient à la cheville) et nous pûmes accéder à la terrasse bardée de parasols PEPSI Nex. Nous choisîmes un casier commun pour y laisser nos
affaires et Kiku m'invita à aller me changer le premier. J'acquiescai en l'entendant me dire qu'elle m'attendait là.
Je me retrouvai donc dans les douches des hommes où je fus de suite dévisagé lors de mon entrée dans la pièce sombre et étroite devant compter une demi-douzaine de cabines. "Un
étranger", semblaient dire les regards des personnes alentour. Je ne leur témoignai pas plus d'intérêt que le minimum, posai mon sac au sol et fis face au miroir avant de commencer à me
déshabiller. Ce faisant, je constatai que les Japonais autour de moi portaient tous un maillot de bain type short long et ample, alors que le mien était du genre moulant et court. Rapidement, ne
gardant que ma précieuse gourmette au poignet droit, je rangeai mes vêtements dans mon sac et sortis rejoindre Kiku qui m'attendait. À son tour, elle alla dans les douches des femmes pendant que
je surveillais nos affaires.
Lorsqu'elle revint, nous allâmes nous adresser à un jeune homme de la Maison de la Mer pour lui demander de nous installer les chaises longues sur la plage et, en sa compagnie, nous
choisîmes un emplacement quelque peu éloigné du rivage, entre un groupe de deux femmes et d'un enfant à notre gauche et un couple à notre droite. L'employé, dans le type Japonais
d'Okinawa [ 沖縄 ] bien bronzé et bâti comme un Apollon, retourna vers la terrasse pour nous laisser nous mettre à l'aise et entamer notre journée à la plage.
Elle fut merveilleuse, cette journée...
Je m'allongeai sur la chaise longue et regardai le ciel bleu légèrement tâché de nuages en altitude pendant que Kiku entamait sa séance de bronzage. Mon teint me convenant tout-à-fait, je
n'espérais pas prendre de couleurs, et habitué à ne pas mettre de crème protectrice, je n'en utilisai pas et refusai donc lorsque Kiku m'en proposa. Elle se leva ensuite pour aller nous
chercher de quoi nous restaurer un peu et me ramena une bière fraîche que je dégustai sur la plage en fumant une cigarette. Je fus d'ailleurs surpris de voir l'énorme proportion de fumeurs, tous
ayant un petit cendrier de poche comme moi, ou un modèle rigide en métal plus important pour plusieurs personnes.
Il faisait chaud... trop chaud malgré les nuages qui masquaient le soleil par intermittence !
Kiku et moi bavardâmes et elle m'avoua ne pas avoir prévu de se baigner, ajoutant qu'elle n'était pas à l'aise dans l'eau, que ce soit à la mer ou dans une piscine. Je lui avouai que
moi non plus, mais qu'étant sensible à la chaleur ambiante, j'avais réellement besoin de me rafraîchir et que j'escomptais donc aller faire trempette un peu plus tard. Des gouttes de sueur
perlaient sous mes aisselles, dégoulinaient dans mon dos et glissaient sur mon front pour mourir sur mes arcades sourcilières. Je parvins à tenir le coup ainsi quelques dizaines de minutes
avant de dire à Kiku : "J'y vais !"
La température de l'eau me sembla bonne d'entrée de jeu ; sans doute froide aux dires des Japonais, manifestement frileux pour la plupart, mais elle était tout-à-fait à mon goût. Je
m'immergeai dans les vagues en frémissant lorsque le niveau atteignit mes flancs, et me projetai en avant pour commencer à nager un peu. Les courants qui berçaient l'Océan Pacifique et
voulaient m'emporter au loin s'avérèrent plus puissants que je ne l'avais imaginé ; aussi décidai-je de ne pas m'éloigner trop loin. Sous mes pieds, le sable fin et humide se creusait d'un
coup, comme un talus, et au-delà de cette limite, je n'avais plus pied. Je revins donc un peu vers le rivage, de deux ou trois mètres, plongeai la tête une fois sous l'eau et m'accroupis ensuite,
battant de bras et des mains pour me maintenir au même endroit. Et regardai la plage.
A ma gauche, vers l'ouest, Inamuragasaki [ 稲村ヶ崎] semblait
plonger violamment dans l'océan alors que le cap de Zaimokuza Iijima [ 材木座飯島 ], à l'est sur ma droite, glissait dans la mer sur une légère inclinaison. Et entre les deux, trois
kilomètres deux-cent de plage. Je tentai de voir Kiku, mais les gens étaient si nombreux que cela me fut impossible. Je sus toutefois la localiser.
A un moment, je dus faire attention à un couple dont la fille calée dans une énorme bouée se laissait porter par les vagues alors que son ami la rejoignait à la nage. En raison
d'une vitesse de glissade accrue à la surface de l'eau, j'eus à peine le temps de la deviner dans mon champ de vision que je m'élançai sur le côté pour l'éviter. Elle n'eut toutefois
pas le souci de demander pardon ; son petit ami, en revanche, me regarda en ayant l'air de vouloir s'excuser pour elle et je hochai la tête en signe de politesse, mais il alla ensuite la
rejoindre sans décrocher un mot, pensant peut-être que je ne parlais pas japonais. La fille, comme insouciante de tout, riait encore à gorge deployée alors que je m'extirpai hors des flots
au bout d'une vingtaine de minutes de baignade.
Kiku était magnifique dans son petit maillot deux pièces noir et violet. Je lui dis, après l'avoir regardée revenir des toilettes, qu'il lui allait bien et elle me remercia. Elle s'allongea sur
sa chaise longue et je l'observai attentivement en repensant à la nuit de décembre dernier que nous avions passée ensemble... jusqu'à ce que ses yeux se posent sur moi. "Qu'est-ce que tu
fais ?", me demanda-t-elle en semblant gênée. "Rien du tout !", répondis-je sans cligner des paupières, ni détourner mon regard de la chute de ses reins. "Arrête !",
s'écria-t-elle d'une voix amusée en me tournant le dos. Amusé moi aussi, j'arrêtai néanmoins de la taquiner, m'allongeai correctement à mon tour sur ma chaise longue et scrutai au loin
la ligne d'horizon d'un bleu limpide.
L'Océan Pacifique...
Alors que l'après-midi était bien avancée, Kiku me demanda ce que je voulais que l'on fasse, et ajouta que ce serait une bonne idée d'aller à Kamakura pour faire un peu de tourisme avant de
rentrer à Tôkyô. Je regardai l'heure sur mon téléphone portable : 14h32. Je lui répondis que l'on pouvait en effet y aller dès maintenant, ajoutant que nous avions le temps, et argant que,
pour ma part, j'avais assez lézardé au soleil. Après une seconde et dernière petite séance photo(Kiku refusa que je la prenne, évidemment !), nous pliâmes bagages et remontâmes vers les
douches. J'en pris une (shampooing et gel-douche en libre-service dans les cabines) pour me débarrasser du sel que j'avais en abondance sur la peau et me rafraîchir un peu avant de me changer
(comme dans les sentô [ 銭湯 ] à Tôkyô, rares sont les hommes qui se cachent pour se changer), non sans prêter attention à un mignon mais bruyant petit garçon qui parlait fort et
courut tout nu, tout-à-coup, pour aller rejoindre son papa au fond de la pièce. Je revins auprès de Kiku au bout de dix minutes et elle me chargea de conserver son téléphone portable et son
porte-monnaie avant de prendre congé de moi. Je restai près des casiers à l'attendre et m'installa ensuite sur une chaise du côté de la terrasse. "Les femmes se font toujours
attendre", pensai-je avec amusement.
Nous quittâmes la plage de Yuigahama à environ 15 heures...
En marchant le long de la plage, Kiku regarda mon visage avec attention et se mit à rire. "Tu as bien bronzé ! La couleur de ton visage n'a rien à voir !!!" Je lui répondis :
"Oui, j'ai un peu chaud au visage, mais ça va !" Nous bifurquâmes pour remonter vers le nord-nord-est en direction de la gare de Kamakura, mais changeâmes de direction pour nous
engouffrer dans des petites rues piétonnes bondées où les gens avaient l'air de marcher au ralenti, prenant le temps de regarder les étals des petites boutiques familiales. Kiku, elle, était
plutôt du genre à presser le pas. "Depuis la gare de Kamakura, il me faudra bien deux heures pour rentrer chez moi ! On n'a pas beaucoup de temps et je veux t'en faire découvrir un
minimum !", m'expliqua-t-elle pour justifier son pas empressé.
Elle me fit découvrir le gigantesque et magnifique sanctuaire Tsurugaoka
Hachiman [ 鶴岡八幡 ] aux environs duquel nous passâmes quelques dizaines de minutes pour prendre des photos et faire une prière. Les touristes de toutes nationalités étaient très nombreux, et
cette foule avec laquelle Kiku et moi faisions corps au cœur de ce lieu touristique constituant l'une des figures de proue des endroits importants de l'histoire du Japon, me donna
l'impression de ne jamais pouvoir diminuer, comme si les gens faisaient partie du décorum et ne s'en allaient jamais. Kiku se plut à m'expliquer l'histoire de Kamakura et la place
qu'avait la ville dans le passé du pays, ajoutant ses connaissances à celles qui m'avaient été inculquées dans les années quatre-vingt dix à l'université et dont il ne me restait
que quelques bribes. Ainsi, peu disposé pour l'histoire, j'eus bien du mal à rassembler les pièces du puzzle dans la chronologie nipponne, mais je ne m'en tirai néanmoins pas trop mal et mon
amie semblait fière d'avoir affaire à un auditeur intéressé, et qui plus est, qui posait des questions.
Je décidai d'acheter en guise de souvenir un porte-bonheur : une petite grue blanche en métal suspendue à une petite cordelette d'un bel orange, avec un grelot argenté. Le tout était bien
évidemment, conformément aux us et coutumes du Japon moderne, destiné à être accroché à un téléphone portable. Kiku, elle, jeta son dévolu sur une amulette un peu plus traditionnelle, mais
très jolie également. Nous redescendîmes les marches qui menaient au premier sanctuaire proche de l'entrée et sortîmes de l'enceinte pour prendre la grande avenue qui fuyait droit vers
la gare de Kamakura et était nommée Wakamiya Ôji [ 若宮大路 ].
Après un petit saut à la banque où Kiku devait retirer des espèces, nous arrivâmes enfin à la gare de Kamakura et j'achetai mon billet à un distributeur alors qu'elle se servit de
sa carte de transports Suica pour passer. Nous reprîmes la ligne Yokosuka jusqu'à Shinagawa et fîmes une correspondance pour récupérer la Yamanote et aller jusqu'à Ueno. Nous étions tous les deux
très fatigués et de plus, ma peau me brûlait. Mais j'avais passé une excellente journée et lorsque nous dûmes nous séparer, je remerciai Kiku pour m'avoir convié à l'accompagner. Elle rit en
me voyant cramoisi et me souhaita une bonne fin de week-end. Nous échangeâmes des courbettes très respectueuses, le fameux ojigi [ お辞儀 ], avant de partir chacun dans deux directions
différentes.
Je savais d'ores et déjà, en rentrant, que cette journée célébrant la mer [ 海の日 ], fériée sur les calendriers japonais, plus que d'exister sur internet, resterait à jamais gravée dans ma
mémoire...
Merci Kiku !
Épilogue : aujourd'hui, jeudi 30 juillet,
je n'ai toujours pas retrouvé ma couleur originelle sur tout le corps. Si mon visage, mes épaules, mes bras et ma poitrine sont désormais revenus à la normale, le reste, lui, a encore
beaucoup de peau à perdre. Celle-ci, très fine, s'arrache cependant très facilement, mais je préfère laisser faire la nature et attendre patiemment. J'ai aussi appris la semaine
dernière, par mes colocataires et amis japonais, que les maillots de bain moulants et courts ne se faisaient pas vraiment au Japon ; il est apparemment préconisé de se procurer un modèle long et
ample pour passer inaperçu et se noyer un peu mieux dans la masse. Kiku et moi avions bien géré le temps de cette journée, mais nous avions malheureusement raté beaucoup de curiosités à
Kamakura. Il nous était impossible de tout faire et voir en deux heures et quelques ; deux jours au bas mot seraient nécessaires, à mon sens. Je ne désespère néanmoins pas de rattraper cela
avec elle... tôt ou tard... mais mieux vaut tôt que tard, non ?
Article entamé à 20h26 et achevé le 30 juillet à 23h16, heure locale de Tôkyô, par
Tokyostreams.
Un petit quartier résidentiel de Sugamo, au nord de Tôkyô.
Lorsque j'ai ouvert les yeux ce matin, je me suis aussitôt concentré, non pas sur ce que je voyais, mais sur ce que j'entendais : les crépitements de la pluie qui se déversait abondamment sur la
ville. Dans mon dos nu, le vent frais issu de la fenêtre ouverte à coté de laquelle se trouve mon lit, me caressait la peau. Douce sensation...
J'espère que ça va durer...
Eh bien non ! J'avais au moins espéré que cela durerait assez longtemps pour rafraîchir toute l'après-midi, lorsque les rayons du soleil sont les plus
intenses et dangereux, mais j'ai rapidement déchanté... Pas moins de deux heures plus tard, l'orbe s'était plantée dans la voûte céleste d'un bleu azur et crachait sur la multitude ses rayons
ultra-violets acérés. La température extérieure a alors grimpé, le mercure s'est dilaté comme hier et a culminé aux environs de treize heures, pour mon plus grand déplaisir.
Finalement, je ne serai pas sous-directeur et cela me déçoit vraiment...
Plus sérieusement, ce Japonais qui m'a contacté par Mixi me proposait hier d'être sous-directeur de rien du tout, ou disons
plutôt de sa communauté, ce qui représente bien peu de choses et ne va pas m'aider à m'installer ici, ni à manger chaque jour. Je n'ai pas le temps d'avoir des obligations futiles et je préfère
gérer mon temps comme je l'entends si cela ne m'apporte ni rémunération, ni visa. Et je n'ai pas la tête à être sous-directeur d'un groupe d'une trentaine de personnes qui veulent parler
français. Cela ne m'intéresse vraiment pas et j'ai mieux à faire...
Si l'on doit parler de propositions concrètes, on m'en a fait une aujourd'hui : Monami m'a en effet proposé d'aller au cinéma avec elle la semaine prochaine ou la suivante : ça, ce n'est pas rien
!!!
Il faut que je vous parle de Monami...
Elle a été l'une des premières colocataires où je vis actuellement à m'avoir témoigné de l'intérêt : quelques jours après mon aménagement le 5 décembre dernier, nous nous étions croisés dans
la cuisine et avions commencé à bavarder. De taille moyenne, cheveux longs et raides, une paire de lunettes sur le nez et une fine silhouette, elle dégageait une certaine douceur, surtout par sa
voix crémeuse. "Pourquoi le Japon ?", "Où avez-vous appris à parler japonais ?" et d'autres questions pour le moins habituelles m'avaient été posées ce soir-là, et j'y avais
répondu avec plaisir. Lorsqu'elle avait su que j'étais français, elle m'avait dit une phrase dans notre langue, ce qui m'avait surpris et nous avions brisé la glace de la sorte. C'est alors
qu'elle m'avait avoué qu'elle aimait beaucoup le pays et qu'elle y avait déjà été. Nous avions ensuite parlé de Paris et je lui avais rappelé les quartiers qu'elle avait connus en me servant
d'une carte du métro de Tôkyô [ 東京 ] dont je désignais les endroits et que je décrochai de la portière du frigidaire :
"À l'emplacement d'Ueno au nord-est, c'est le XIXè arrondissement. Akasaka-Mitsuke serait le sixième et Shinjuku, à l'extrême-est de la ligne Yamanote, serait à peu de choses près la
Défense." Et blablabla...
Nous prîmes l'habitude de bavarder ainsi, de temps à autres, entre un repas et une vaisselle, une douche et une cigarette, dans les escaliers entre les second et troisième étages, au sortir des
toilettes...
Elle vînt me voir un vendredi soir de février pour me demander de travailler pour elle. Passionnée par la chimie et les sciences en général, elle souhaitait me faire traduire les différentes
synthèses de thèmes abordés dans un livre sur les expériences qui font appel à la biologie et à la chimie. Les textes étaient à la fois en japonais et en anglais, mais elle souhaitait pouvoir les
comprendre en français aussi. Elle me proposa dix mille yens pour la douzaine de pages, ce qui était, je l'avoue, un peu léger, mais tombait à pic pour moi en ces temps de vache maigre. En outre,
je ne suis pas traducteur professionnel. J'acceptai donc à dix mille yens et nous convînmes que je lui rendrai la traduction pour le dimanche soir. Malheureusement, ce fut un peu trop
juste pour tout boucler à temps, et je dus mettre les bouchées doubles pendant la journée dominicale, de 12h20 après le ménage jusqu'à 22 heures et quelques, avec pauses toilettes et
café-cigarette, faisant fi de repas complets. Certains termes scientifiques anglais me donnèrent du fil à retordre et je déchantai à plusieurs reprises, mais j'eus finalement raison de cet
harassant travail qui ne m'avait guère laissé de temps libre. Paradoxalement, le fait que l'on me donne un travail à faire, que l'on me fasse confiance, et que l'on rétribue le fruit de mes
efforts, était quelque chose qui ne m'était pas arrivé depuis deux ou trois mois, et je sentais que, ne serait-ce que pour mon épanouissement personnel, je devais honorer cette tâche avec le plus
grand sérieux. À une heure du matin, Monami, absente en journée, rentra à la guest-house et je lui rendis son travail sur la clé USB qu'elle m'avait confiée, en fichier TXT et en DOC. Elle me
paya en me remerciant, et je lui renvoyai ses politesses avec sincérité.
Un jour d'avril, elle insista pour que je passe l'examen de japonais, mais je lui dis que cela ne m'intéressait pas. Deux
jours plus tard, elle me sollicita à nouveau et je refusai de la même manière, un peu surpris, néanmoins, par son obstination. C'est en entendant ma réponse négative qu'elle me tendit un sac
plastique avec l'enveloppe d'inscription à l'examen de japonais et un livre de grammaire pour le préparer. Cadeau ! Devant une telle opiniâtreté, je ne pus qu'accepter. C'est finalement elle qui
m'a remis, par ce biais, sur la route des études de japonais et aujourd'hui encore, deux semaines après avoir passé l'examen, je continue de travailler mes aptitudes linguistiques pour les
parfaire.
Bon... Je suis de loin sorti du monde des manga et des animés qui ne m'intéressent plus, mais le film que Monami m'a proposé d'aller voir est un long métrage d'Evangelion, une œuvre
que... je n'aime vraiment pas. Mais comme je suis grand seigneur, j'ai accepté le sacrifice, dans mon immense mansuétude, de passer une heure trente avec elle dans une salle obscure. Trop
dur ! Personnellement, j'y vais surtout parce que sa compagnie m'est agréable, mais l'idée de me faire une toile ne m'enchante guère plus puisque je ne suis pas cinéphile -d'une- et qu'on ne
peut se permettre de bavarder durant un film -de deux- !
Et en plus, c'est elle qui régale. Argh !
Je suis chouchouté... et je n'aime pas ça ! Blâââââh...
Article
publié à 17h20, heure locale de Tôkyô, par Tokyostreams.
Au Japon, la
fantaisie Hello Kitty prend possession de tout ce qui peut être décoré... jusqu'aux autocars !
Prévoyant d'aller au STARBUCKS au moins trois quarts-d'heure avant le début du cours particulier que je devais donner à l'une de mes élèves afin d'y travailler mon japonais, j'ai quitté la
guest-house en avance pour marcher à pied jusqu'à destination à Asakusa [ 浅草 ]. C'est en chemin, en fin d'après-midi à 17h11 sur Asakusa-dôri [ 浅草通り ] à hauteur de
Komagata-Itchôme [ 駒形一丁目 ], que je suis tombé sur cet autocar pour le moins original puisqu'à l'effigie d'Hello Kitty. Particulièrement magnifique à mon goût, et surtout très harmonieux,
il n'attendait que d'être pris en photo. En sueur sous les 33° celsius en plein soleil, les mains moites et la démarche lourde, je me suis donc octroyé une petite pause pour sortir de mon
sac-à-dos mon habituel SONY Cybershot dans sa sacoche et immortaliser cette merveille à quatre reprises : ci-dessous, deux des trois autres clichés.
Hier soir, dans mon lit, avant d'éteindre ma lumière individuelle, je suis allé sur le site Mixi comme je le fais
souvent dernièrement, surtout depuis que je corrige les fautes de français que certains Japonais qui apprennent notre langue commettent fréquemment (problèmes d'articles définis/indéfinis, emploi
du conditionnel à la place de l'imparfait, oubli des accents, mauvais accords, etc) dans leurs messages.
C'est ainsi que je suis tombé un peu par hasard sur une pauvre communauté de Japonais passionnés par la langue française, comme il y en a beaucoup, mais qui ne comptait qu'une trentaine de
membres et aucun nouveau message depuis près de deux mois. Intrigué, je m'y suis inscrit pour accéder aux pages des sujets afin de savoir ce qui clochait et ai découvert que l'instigateur de
cette communauté, qui avait tout simplement cherché à rassembler des Japonais désireux de converser en français, ne s'y prenait pas correctement. En effet, manifestement connaisseur de notre
langue, il abordait d'entrée de jeu des temps de conjugaison complexes tels que le conditionnel présent et le subjonctif, ce qui decourageait bien évidemment les novices. De plus, il faisait des
erreurs ("j'irait avec toi", "quoi que tu fasse", etc). J'ai donc décidé d'écrire un message pour rectifier le tir et lui expliquer rapidement comment le conditionnel et le subjonctif
fonctionnent. Et me suis ensuite couché.
Quelle n'a pas été ma surprise de recevoir, tout-à-l'heure en début de soirée pendant mon cours, un message que j'ai lu après avoir quitté mon élève. Le Japonais qui a crée la communauté que
je n'ai rejointe hier soir que pour rectifier les erreurs de français, m'a proposé de l'aider à remonter le niveau des Japonais désireux de communiquer, en corrigeant les membres en échange de
quoi il me nomme "sous-directeur" ([ 副管理人 ] : en français et en japonais dans le message). Sous-directeur de quoi ?
Je vais tirer ça au clair...
Article publié à 21h48, heure locale de Tôkyô, par Tokyostreams.
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