Partager l'article ! Journal du vendredi 17 juillet 2009 - pluie illusoire: Un petit quartier résidentiel de Sugamo, au nord de Tôkyô. ...
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Un petit quartier résidentiel de Sugamo, au nord de Tôkyô.
Lorsque j'ai ouvert les yeux ce matin, je me suis aussitôt concentré, non pas sur ce que je voyais, mais sur ce que j'entendais : les crépitements de la pluie qui se déversait abondamment sur la
ville. Dans mon dos nu, le vent frais issu de la fenêtre ouverte à coté de laquelle se trouve mon lit, me caressait la peau. Douce sensation...
J'espère que ça va durer...
Eh bien non ! J'avais au moins espéré que cela durerait assez longtemps pour rafraîchir toute l'après-midi, lorsque les rayons du soleil sont les plus
intenses et dangereux, mais j'ai rapidement déchanté... Pas moins de deux heures plus tard, l'orbe s'était plantée dans la voûte céleste d'un bleu azur et crachait sur la multitude ses rayons
ultra-violets acérés. La température extérieure a alors grimpé, le mercure s'est dilaté comme hier et a culminé aux environs de treize heures, pour mon plus grand déplaisir.
Finalement, je ne serai pas sous-directeur et cela me déçoit vraiment...
Plus sérieusement, ce Japonais qui m'a contacté par Mixi me proposait hier d'être sous-directeur de rien du tout, ou disons
plutôt de sa communauté, ce qui représente bien peu de choses et ne va pas m'aider à m'installer ici, ni à manger chaque jour. Je n'ai pas le temps d'avoir des obligations futiles et je préfère
gérer mon temps comme je l'entends si cela ne m'apporte ni rémunération, ni visa. Et je n'ai pas la tête à être sous-directeur d'un groupe d'une trentaine de personnes qui veulent parler
français. Cela ne m'intéresse vraiment pas et j'ai mieux à faire...
Si l'on doit parler de propositions concrètes, on m'en a fait une aujourd'hui : Monami m'a en effet proposé d'aller au cinéma avec elle la semaine prochaine ou la suivante : ça, ce n'est pas rien
!!!
Il faut que je vous parle de Monami...
Elle a été l'une des premières colocataires où je vis actuellement à m'avoir témoigné de l'intérêt : quelques jours après mon aménagement le 5 décembre dernier, nous nous étions croisés dans
la cuisine et avions commencé à bavarder. De taille moyenne, cheveux longs et raides, une paire de lunettes sur le nez et une fine silhouette, elle dégageait une certaine douceur, surtout par sa
voix crémeuse. "Pourquoi le Japon ?", "Où avez-vous appris à parler japonais ?" et d'autres questions pour le moins habituelles m'avaient été posées ce soir-là, et j'y avais
répondu avec plaisir. Lorsqu'elle avait su que j'étais français, elle m'avait dit une phrase dans notre langue, ce qui m'avait surpris et nous avions brisé la glace de la sorte. C'est alors
qu'elle m'avait avoué qu'elle aimait beaucoup le pays et qu'elle y avait déjà été. Nous avions ensuite parlé de Paris et je lui avais rappelé les quartiers qu'elle avait connus en me servant
d'une carte du métro de Tôkyô [ 東京 ] dont je désignais les endroits et que je décrochai de la portière du frigidaire :
"À l'emplacement d'Ueno au nord-est, c'est le XIXè arrondissement. Akasaka-Mitsuke serait le sixième et Shinjuku, à l'extrême-est de la ligne Yamanote, serait à peu de choses près la
Défense." Et blablabla...
Nous prîmes l'habitude de bavarder ainsi, de temps à autres, entre un repas et une vaisselle, une douche et une cigarette, dans les escaliers entre les second et troisième étages, au sortir des
toilettes...
Elle vînt me voir un vendredi soir de février pour me demander de travailler pour elle. Passionnée par la chimie et les sciences en général, elle souhaitait me faire traduire les différentes
synthèses de thèmes abordés dans un livre sur les expériences qui font appel à la biologie et à la chimie. Les textes étaient à la fois en japonais et en anglais, mais elle souhaitait pouvoir les
comprendre en français aussi. Elle me proposa dix mille yens pour la douzaine de pages, ce qui était, je l'avoue, un peu léger, mais tombait à pic pour moi en ces temps de vache maigre. En outre,
je ne suis pas traducteur professionnel. J'acceptai donc à dix mille yens et nous convînmes que je lui rendrai la traduction pour le dimanche soir. Malheureusement, ce fut un peu trop
juste pour tout boucler à temps, et je dus mettre les bouchées doubles pendant la journée dominicale, de 12h20 après le ménage jusqu'à 22 heures et quelques, avec pauses toilettes et
café-cigarette, faisant fi de repas complets. Certains termes scientifiques anglais me donnèrent du fil à retordre et je déchantai à plusieurs reprises, mais j'eus finalement raison de cet
harassant travail qui ne m'avait guère laissé de temps libre. Paradoxalement, le fait que l'on me donne un travail à faire, que l'on me fasse confiance, et que l'on rétribue le fruit de mes
efforts, était quelque chose qui ne m'était pas arrivé depuis deux ou trois mois, et je sentais que, ne serait-ce que pour mon épanouissement personnel, je devais honorer cette tâche avec le plus
grand sérieux. À une heure du matin, Monami, absente en journée, rentra à la guest-house et je lui rendis son travail sur la clé USB qu'elle m'avait confiée, en fichier TXT et en DOC. Elle me
paya en me remerciant, et je lui renvoyai ses politesses avec sincérité.
Un jour d'avril, elle insista pour que je passe l'examen de japonais, mais je lui dis que cela ne m'intéressait pas. Deux
jours plus tard, elle me sollicita à nouveau et je refusai de la même manière, un peu surpris, néanmoins, par son obstination. C'est en entendant ma réponse négative qu'elle me tendit un sac
plastique avec l'enveloppe d'inscription à l'examen de japonais et un livre de grammaire pour le préparer. Cadeau ! Devant une telle opiniâtreté, je ne pus qu'accepter. C'est finalement elle qui
m'a remis, par ce biais, sur la route des études de japonais et aujourd'hui encore, deux semaines après avoir passé l'examen, je continue de travailler mes aptitudes linguistiques pour les
parfaire.
Bon... Je suis de loin sorti du monde des manga et des animés qui ne m'intéressent plus, mais le film que Monami m'a proposé d'aller voir est un long métrage d'Evangelion, une œuvre
que... je n'aime vraiment pas. Mais comme je suis grand seigneur, j'ai accepté le sacrifice, dans mon immense mansuétude, de passer une heure trente avec elle dans une salle obscure. Trop
dur ! Personnellement, j'y vais surtout parce que sa compagnie m'est agréable, mais l'idée de me faire une toile ne m'enchante guère plus puisque je ne suis pas cinéphile -d'une- et qu'on ne
peut se permettre de bavarder durant un film -de deux- !
Et en plus, c'est elle qui régale. Argh !
Je suis chouchouté... et je n'aime pas ça ! Blâââââh...
Article
publié à 17h20, heure locale de Tôkyô, par Tokyostreams.
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